Cuba constitue un territoire où les influences africaines, espagnoles et caribéennes se sont entrelacées pendant plus de cinq siècles pour créer une identité culturelle unique. Cette île des Caraïbes offre bien plus qu’un simple décor de cartes postales : elle propose une immersion totale dans un patrimoine vivant qui se manifeste à travers ses traditions religieuses, son architecture coloniale, sa musique envoûtante et sa gastronomie créole. Chaque quartier, chaque vallée et chaque festival révèle une facette différente de cette culture extraordinairement riche. Pour le visiteur curieux, Cuba représente une opportunité rare d’explorer un pays où le temps semble s’être arrêté, préservant des traditions menacées ailleurs dans le monde moderne. Les rythmes des tambours batá résonnent encore dans les quartiers populaires, les architectures coloniales racontent l’histoire mouvementée de l’île, et les vallées de tabac perpétuent des savoir-faire ancestraux transmis de génération en génération.

L’immersion dans la santería et les traditions afro-cubaines de la havane

La Santería représente l’un des aspects les plus fascinants et les plus authentiques de la culture cubaine. Cette religion syncrétique, née de la fusion entre les croyances yoruba des esclaves africains et le catholicisme imposé par les colonisateurs espagnols, structure encore aujourd’hui la vie quotidienne de nombreux Cubains. Les divinités yoruba, appelées orishas, ont été associées aux saints catholiques pour permettre aux esclaves de préserver leurs traditions religieuses sous couvert de pratiques chrétiennes. Ce système complexe de correspondances spirituelles a donné naissance à un panthéon unique où Changó, dieu du tonnerre et de la guerre, cohabite avec Sainte Barbe, tandis qu’Ochún, déesse de l’amour et des rivières, se confond avec la Vierge de la Charité du Cuivre, patronne de Cuba.

Les cérémonies de tambours batá dans le quartier de regla

Le quartier de Regla, situé de l’autre côté de la baie de La Havane, constitue un haut lieu de la Santería cubaine. Les cérémonies de tambours batá, considérées comme sacrées, s’y déroulent régulièrement dans des maisons particulières transformées en casas-templos. Ces rituels musicaux utilisent trois tambours sacrés de tailles différentes – okónkolo, itótele et iyá – joués exclusivement par des musiciens initiés appelés olubatá. Chaque rythme, appelé toque, invoque un orisha spécifique selon des patterns rythmiques transmis oralement depuis des siècles. L’assistance, vêtue principalement de blanc, entre progressivement en transe au fil de la cérémonie qui peut durer plusieurs heures. Ces événements offrent une fenêtre authentique sur une pratique spirituelle vivante, bien loin des représentations folkloriques destinées aux touristes. La participation respectueuse à ces cérémonies nécessite généralement une invitation ou l’accompagnement d’un pratiquant, car ces espaces demeurent avant tout des lieux de culte et non des attractions touristiques.

La casa de áfrica : collections rituelles et patrimoine yoruba

Installée dans une demeure coloniale de la Vieille Havane, la Casa de África abrite l’une des collections les plus remarquables d’objets rituels afro-cubains. Ce musée présente des centaines d’artefacts liés à la Santería, au Palo Monte et à d’autres traditions spirituelles d’origine africaine : colliers de perles sacrés appelés elekes</em

, statuettes d’orishas en bois sculpté, tambours batá consacrés, masques, objets de divination opon Ifá ou encore peintures votives. Une partie de l’exposition est consacrée aux liens historiques entre Cuba et l’Afrique de l’Ouest, notamment le Nigeria et le Bénin, permettant de comprendre comment ces croyances ont traversé l’Atlantique avec la traite négrière. Des visites guidées thématiques sont parfois proposées, ainsi que de petites performances musicales ou poétiques qui donnent vie aux collections. Pour un voyageur qui découvre Cuba pour la première fois, la Casa de África offre un cadre idéal pour acquérir des repères avant de s’immerger dans les cérémonies réelles de la Santería.

Les botanicas et herboristeries traditionnelles de centro habana

À Centro Habana, loin des grands axes touristiques, les botánicas dévoilent un autre visage de la culture afro-cubaine. Ces petites échoppes, souvent discrètes, vendent des plantes médicinales, des poudres minérales, des bougies colorées, des parfums rituels et des figurines de saints-orishas. Les praticiens de la Santería, du Palo Monte ou du espiritismo y viennent pour se procurer les éléments nécessaires à leurs rituels de protection, de guérison ou de purification.

Entrer dans une botánica, c’est pénétrer dans une encyclopédie vivante de la médecine populaire cubaine. Le propriétaire, généralement très loquace, vous expliquera volontiers à quoi sert telle racine ou telle infusion, pour peu que vous vous montriez respectueux et curieux sans être intrusif. On y découvre combien la frontière est ténue, à Cuba, entre religion, médecine traditionnelle et croyances quotidiennes : un bouquet de romarin peut à la fois parfumer un plat, assainir une maison et accompagner un rituel de décharge spirituelle. Pour le visiteur, ces herboristeries sont aussi l’occasion de comprendre comment les Cubains se soignent dans un contexte de pénuries récurrentes.

Le callejón de hamel et ses murales dédiées aux orishas

Le Callejón de Hamel, petite ruelle de Centro Habana, est devenu au fil des ans un véritable sanctuaire urbain de l’art afro-cubain. Sur ses murs débordant de couleurs vives, l’artiste Salvador González et d’autres créateurs ont peint des murales représentant les principaux orishas, des scènes de transe rituelle, des proverbes yoruba et des poèmes engagés. Des sculptures réalisées à partir d’objets recyclés – baignoires, pièces de voitures, fers forgés – complètent cet univers onirique où se mêlent Santería, rumba et street art.

Le dimanche, le Callejón de Hamel se transforme souvent en scène à ciel ouvert, au rythme de la rumba guaguancó et des chants en langue yoruba. Les habitants du quartier, les musiciens et les danseurs se retrouvent pour célébrer une culture qui reste profondément vivante, loin d’un simple folklore figé. Pour mieux profiter de cette expérience, il est conseillé d’arriver en début d’après-midi, de rester à distance des danseurs pour ne pas gêner la cérémonie, et de demander l’autorisation avant de photographier les participants. Vous verrez alors comment, à La Havane, la culture afro-cubaine irrigue encore le quotidien des habitants.

L’architecture coloniale et art déco de la habana vieja et vedado

Si la musique et la religion donnent son rythme à la vie cubaine, l’architecture de La Havane en constitue le décor spectaculaire. Dans la Vieille Havane comme dans le quartier moderne du Vedado, les styles se superposent : baroque colonial, néoclassique, éclectique, Art nouveau, Art Déco et modernisme socialiste. Se promener dans ces rues, c’est lire un livre d’histoire à ciel ouvert, où chaque façade raconte une époque, un projet politique, un rêve urbain parfois inachevé.

Le capitolio nacional et l’influence néoclassique américaine

Le Capitolio Nacional, inauguré en 1929, est sans doute l’édifice le plus emblématique de La Havane moderne. Inspiré du Capitole de Washington mais aussi du Panthéon de Paris, ce bâtiment néoclassique symbolisait à l’époque l’ambition d’une élite cubaine tournée vers les États-Unis et l’Europe. Sa coupole majestueuse, haute de plus de 90 mètres, domine la silhouette de la ville et sert encore aujourd’hui de point de repère visuel.

À l’intérieur, la Salle des Pas Perdus impressionne par ses volumes et son marbre poli, tandis que le sol abrite le fameux diamant marquant le “kilomètre zéro” des routes cubaines. Après de longues années de restauration, le Capitole a retrouvé son éclat, permettant aux visiteurs d’apprécier la finesse des bas-reliefs, des ferronneries et des dorures. Pour bien saisir l’influence américaine dans l’architecture havanaise, il est intéressant de comparer ce monument aux immeubles environnants de style Beaux-Arts et éclectique qui bordent le Paseo del Prado.

Les édifices art déco du malecón : edificio bacardí et lópez serrano

L’Art Déco a laissé à La Havane une collection d’édifices remarquables, fruit de la prospérité des années 1920-1940. Parmi eux, l’Edificio Bacardí, situé près de la Vieille Havane, constitue un chef-d’œuvre du genre. Construit pour abriter le siège de la célèbre marque de rhum, il associe une silhouette élancée à des façades recouvertes de carrelages colorés et de motifs géométriques raffinés. Sa tour couronnée d’une chauve-souris, emblème de la marque, surplombe le centre-ville.

Un peu plus à l’ouest, dans le quartier du Vedado, l’immeuble López Serrano rappelle les gratte-ciel new-yorkais avec son élévation en gradins et ses lignes verticales affirmées. Situé non loin du Malecón, il témoigne de l’époque où La Havane rivalisait avec Miami en termes de modernité architecturale. En longeant le bord de mer, on remarquera également de nombreux immeubles d’habitation Art Déco, parfois décrépis mais toujours élégants, dont les balcons, frontons et ferronneries racontent le goût d’une bourgeoisie urbaine cosmopolite.

La restauration urbaine de la plaza vieja et ses palais baroques

La Plaza Vieja, au cœur de La Habana Vieja, illustre parfaitement le travail de restauration mené depuis les années 1990 par l’Office de l’Historien de la Ville. Autrefois occupée par des parkings et des bâtiments en ruine, cette place a été patiemment rendue à sa splendeur originelle. Les palais baroques et néoclassiques qui l’entourent ont retrouvé leurs façades pastel, leurs balcons en fer forgé et leurs arcades ombragées.

Aujourd’hui, la Plaza Vieja accueille des galeries d’art, des cafés, une brasserie artisanale et des centres culturels qui redonnent vie au tissu urbain sans le transformer en décor figé. En observant les pavés, les corniches et les vitrages colorés, on comprend comment La Havane a su préserver son patrimoine tout en le réinventant pour répondre aux besoins contemporains. Profiter d’un café sur une terrasse de la Plaza Vieja au coucher du soleil permet de ressentir ce dialogue subtil entre passé colonial et effervescence actuelle.

Les solares habaneros : architecture populaire et logements collectifs

À côté des palais restaurés, les solares représentent une autre réalité architecturale, plus discrète mais tout aussi essentielle pour comprendre la culture cubaine. Il s’agit d’anciens immeubles bourgeois subdivisés en logements collectifs, souvent organisés autour d’une grande cour intérieure. Derrière leurs façades parfois décrépies, ces bâtiments abritent des dizaines de familles partageant cuisines, salles de bain et espaces communs.

Les solares sont de véritables microcosmes sociaux où se tissent des solidarités quotidiennes : on y joue aux dominos, on y écoute de la musique, on y discute sur le pas de la porte. Pour le voyageur, apercevoir l’intérieur d’un solar – toujours avec permission – permet de saisir concrètement ce que signifie vivre à Cuba dans un contexte de pénurie de logements. Ces architectures populaires, bien que fragilisées, constituent un patrimoine social autant qu’urbain, révélant la capacité des Cubains à réinventer les espaces hérités de l’époque coloniale et républicaine.

Le patrimoine musical cubain à travers les casas de la trova et peñas

On ne peut pas parler de culture cubaine sans évoquer la musique, omniprésente des rues de La Havane aux campagnes de l’Oriente. Plutôt que de se limiter aux spectacles formatés pour les touristes, l’idéal est de fréquenter les casas de la trova et les peñas, ces espaces de rencontre où musiciens et public se retrouvent pour partager le son, la rumba, le boléro ou la nouvelle trova. C’est là que l’on mesure à quel point la musique constitue, à Cuba, une véritable langue commune.

La casa de la trova de santiago de cuba et le son montuno

À Santiago de Cuba, berceau du son, la Casa de la Trova est une adresse incontournable pour tout amateur de musique traditionnelle. Installée dans une maison coloniale du centre historique, elle accueille chaque jour des formations locales qui interprètent des classiques du son montuno, du boléro ou de la guaracha. Guitares, tres, maracas, bongos et contrebasse accompagnent des voix souvent impressionnantes, issues d’une longue tradition de troubadours.

L’ambiance y est résolument conviviale : les Santiagueros n’hésitent pas à inviter les visiteurs à danser, transformant rapidement la salle en piste de danse improvisée. En observant les échanges entre musiciens et public, on comprend que ces soirées ne sont pas de simples concerts, mais de véritables rituels sociaux où l’on renforce les liens de la communauté. Assister à une session en après-midi puis revenir le soir permet de saisir la diversité des groupes et des styles qui se succèdent sur scène.

Les sessions de rumba guaguancó au callejón de los peluqueros

À La Havane, le Callejón de los Peluqueros, dans le quartier de Santo Ángel, est un autre exemple de revitalisation urbaine par la culture. Ce passage étroit, décoré d’œuvres d’art et d’objets recyclés, accueille régulièrement des sessions de rumba guaguancó, un genre musical afro-cubain où se mêlent percussions, chants responsoriaux et danse sensuelle. Les tambours cajones et congas y occupent une place centrale, accompagnés de chœurs puissants.

Les peñas de rumba qui s’y déroulent, souvent le week-end, attirent aussi bien les habitants du quartier que des artistes reconnus. La rumba, jadis méprisée par les élites, a été déclarée patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO et connaît un renouveau spectaculaire. Pour y assister, il suffit de se renseigner auprès des habitants ou de suivre le son des tambours : vous serez vite happé par cette énergie brute, où la danse devient un langage à part entière.

Le buena vista social club et l’héritage du feeling des années 1950

La sortie de l’album Buena Vista Social Club dans les années 1990 a remis sur le devant de la scène internationale un pan entier de la musique cubaine des années 1940-1950. Derrière cette étiquette se cachent en réalité plusieurs genres : son, boléro, danzón, mais aussi le feeling, courant intimiste influencé par le jazz nord-américain. À La Havane, certains clubs et hôtels proposent encore des soirées inspirées de cet univers, avec orchestres de cuivres, chanteurs élégants et couples dansant serrés.

Pour éviter les spectacles trop formatés, mieux vaut se renseigner sur les petites peñas de feeling et de boléro, souvent organisées dans des centres culturels ou des patios de la Vieille Havane. On y retrouve l’atmosphère feutrée des cabarets d’antan, où les paroles mélancoliques et les harmonies sophistiquées se savourent comme un bon café. Cette plongée dans le répertoire des années 1950 permet de compléter l’image, parfois simplifiée, d’une musique cubaine résumée à la seule salsa.

La gastronomie créole dans les paladares et mercados agropecuarios

Découvrir la culture cubaine, c’est aussi s’asseoir à table pour goûter aux plats créoles qui rythment la vie quotidienne. Longtemps cantonnée aux restaurants d’État sans grande saveur, la gastronomie cubaine a connu un renouveau avec l’ouverture des paladares, restaurants privés tenus par des familles. En parallèle, les mercados agropecuarios permettent d’observer comment les Cubains s’approvisionnent en fruits, légumes et viandes dans un système économique encore très contrôlé.

Les paladares privées : san cristóbal et la guarida

Parmi les paladares les plus célèbres de La Havane, San Cristóbal et La Guarida illustrent deux façons différentes d’aborder la cuisine cubaine contemporaine. San Cristóbal, situé dans Centro Habana, occupe une maison bourgeoise remplie d’objets anciens, de photos et de souvenirs. Le chef y propose une cuisine créole généreuse, revisitée avec finesse : porc rôti mariné aux agrumes, poissons grillés, desserts au lait concentré et fruits tropicaux.

La Guarida, immortalisée par le film Fresa y Chocolate, se niche quant à elle au dernier étage d’un solar décrépit. On y accède par un escalier monumental aux murs patinés, avant de découvrir une salle élégante et une terrasse offrant une vue spectaculaire sur les toits de La Havane. La carte, plus inventive, mêle produits locaux et techniques contemporaines. Réserver à l’avance est presque toujours indispensable dans ces deux établissements, tant ils sont prisés par les voyageurs comme par une partie de la clientèle locale.

Le congrí, ropa vieja et yuca con mojo dans la cuisine tradicional

Au-delà des adresses prestigieuses, c’est dans les petites paladares de quartier et chez l’habitant que l’on goûte le mieux aux grands classiques de la cuisine cubaine. Le congrí – riz cuit avec des haricots noirs et des aromates – accompagne presque tous les repas, tout comme les bananes plantains frites en rondelles ou en tostones. La ropa vieja, bœuf effiloché mijoté dans une sauce tomate parfumée au cumin et au poivron, fait partie des plats emblématiques que l’on retrouve de La Havane à Santiago.

Autre incontournable : la yuca con mojo, manioc bouilli servi avec une sauce à base d’ail, d’oignon et d’agrume, héritage du métissage entre traditions indigènes, européennes et africaines. En partageant un repas avec une famille cubaine, vous découvrirez aussi l’importance des desserts simples mais savoureux, comme le flan de leche, la goyave confite ou les dulces caseros (confiseries maison). Ces plats, souvent préparés avec des ingrédients modestes, témoignent d’une grande créativité culinaire dans un contexte de ressources limitées.

Les mercados agropecuarios de 19 y B et cuatro caminos

Pour saisir comment la nourriture arrive dans les assiettes cubaines, une visite aux mercados agropecuarios s’impose. À La Havane, le marché de 19 y B, dans le Vedado, offre une bonne photographie de l’approvisionnement local : étals de tomates, malangas, bananes, patates douces, herbes fraîches, mais aussi stands de porc et de fromages artisanaux. Les prix y sont fixés en pesos cubains, ce qui permet aux visiteurs de mesurer le pouvoir d’achat réel des habitants.

Le marché rénové de Cuatro Caminos, plus vaste, combine quant à lui stands alimentaires, boutiques et petits restaurants populaires. On y ressent l’énergie d’une ville qui se débrouille au quotidien pour contourner les pénuries et les hausses de prix. En observant les transactions, les discussions animées et les astuces des vendeurs, vous comprendrez que la gastronomie cubaine commence bien avant la cuisine, dans ces lieux d’échange où se négocient les denrées de base.

Les vallées de tabac de viñales et le patrimoine agricole de pinar del río

À l’ouest de Cuba, la province de Pinar del Río abrite les vallées de Viñales, paysages inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ici, la culture du tabac n’est pas seulement une activité économique, mais un véritable art de vivre transmis de génération en génération. Découvrir cette région, c’est remonter aux sources des célèbres cigares cubains, mais aussi comprendre l’organisation sociale des campagnes et l’ingéniosité des petits producteurs dans un système étatique très encadré.

Les vegas de tabaco et séchoirs traditionnels en palme royale

Les vegas de tabaco sont les petites exploitations familiales où l’on cultive les plants destinés aux cigares. Dans la vallée de Viñales, elles se distinguent par leurs séchoirs en bois recouverts de palmes royales, les casas de tabaco, qui ponctuent le paysage. Ces constructions aux toits pentus servent à faire sécher lentement les feuilles, étape cruciale pour développer les arômes du tabac. Les paysans y surveillent attentivement la température et l’humidité, ajustant l’aération au fil des jours.

Lors d’une visite guidée, les propriétaires expliquent généralement les différentes étapes : préparation du sol, semis, repiquage, récolte des feuilles de bas en haut du plant, puis séchage et première fermentation. Vous verrez aussi comment, malgré le monopole de l’État sur l’achat du tabac, certaines familles conservent une petite partie de leur production pour rouler des cigares artisanaux destinés à la vente directe aux visiteurs. Cette économie parallèle, tolérée, permet de compléter des revenus souvent modestes.

Le processus artisanal des torcedores dans les fábricas locales

Après les champs et les séchoirs, les feuilles de tabac rejoignent les fábricas, ateliers où les torcedores roulent à la main les cigares selon un protocole très strict. À Pinar del Río comme à La Havane, certaines fabriques ouvrent leurs portes aux visiteurs, offrant un aperçu fascinant de ce savoir-faire unique. Assis en rangées serrées, les torcedores sélectionnent les feuilles, façonnent la tripe, appliquent la sous-cape puis la cape extérieure, avant de découper et d’égaliser les extrémités.

La scène emblématique du lecteur public, installé sur une estrade pour lire journaux et romans aux ouvriers, existe encore dans certaines fabriques, même si elle tend à disparaître. Observer ce ballet silencieux permet de comprendre pourquoi le cigare cubain reste considéré comme un produit d’exception, fruit d’un long processus artisanal. Pour acheter quelques pièces en souvenir, mieux vaut se tourner vers les boutiques officielles attenantes aux fabriques, afin d’éviter les contrefaçons qui pullulent sur le marché informel.

Les mogotes karstiques et peintures murales de la mural de la prehistoria

Au-delà du tabac, la vallée de Viñales séduit par ses paysages spectaculaires de mogotes, ces collines calcaires aux flancs abrupts qui émergent d’une plaine fertile. Ce relief karstique particulier a inspiré artistes et scientifiques, donnant lieu à de nombreuses représentations. La plus célèbre, la Mural de la Prehistoria, est une fresque gigantesque peinte sur un pan de roche, représentant une version très colorée de l’évolution de la vie dans la région, des ammonites aux indigènes taïnos.

Si le style de cette œuvre monumentale peut diviser, sa visite permet d’aborder la manière dont Cuba met en scène son patrimoine naturel et historique à destination du public. En randonnée ou à vélo, on peut également explorer les sentiers qui serpentent entre les mogotes, découvrir des grottes habitées autrefois par les populations indigènes et profiter de points de vue spectaculaires sur la vallée. C’est un bon exemple de la façon dont le patrimoine agricole et le paysage culturel se mêlent étroitement à Cuba.

Les festivals culturels et carnavales de santiago de cuba et trinidad

Enfin, rien ne permet mieux de ressentir l’âme cubaine que de participer à un festival ou à un carnaval. Ces événements, où se mêlent musique, danse, costumes et traditions populaires, transforment les rues en scènes ouvertes. Ils offrent une immersion totale dans une culture de la fête qui, malgré les difficultés économiques, demeure au cœur de la vie sociale.

Le carnaval de santiago : congas de los hoyos et tradiciones caribeñas

Le Carnaval de Santiago de Cuba, qui se déroule généralement en juillet, est considéré comme le plus spectaculaire de l’île. Pendant plusieurs jours, les congas – grandes troupes de percussionnistes et de danseurs – parcourent les rues au son de tambours, de trompettes et de cornes artisanales. Le quartier de Los Hoyos est particulièrement réputé pour la puissance de ses congas, qui rivalisent d’énergie et de créativité avec celles des autres barrios.

Costumes flamboyants, chars allégoriques, chorégraphies inspirées des traditions caribéennes et africaines : tout concourt à faire de ce carnaval une explosion de couleurs et de sons. Pour le voyageur, il est important de se préparer à la foule dense, à la chaleur et au bruit, mais l’expérience vaut largement l’effort. Assister aux répétitions des congas les semaines précédant le carnaval est d’ailleurs une excellente manière de comprendre de l’intérieur l’organisation de cet événement majeur.

Les festivités de parrandas de remedios et guerra de faroles

À Remedios, dans la province de Villa Clara, les Parrandas de Noël constituent une autre grande fête populaire cubaine. Nées au XIXe siècle, ces célébrations opposent deux quartiers de la ville, El Carmen et San Salvador, qui rivalisent dans la construction de chars illuminés, de feux d’artifice et de structures monumentales éphémères. La fameuse Guerra de Faroles (guerre des lanternes) voit les habitants défiler avec des milliers de lumières, transformant la nuit en spectacle féerique.

Les préparatifs des Parrandas mobilisent la ville pendant des mois : charpentiers, électriciens, costumiers, musiciens et volontaires de tous âges collaborent pour défendre les couleurs de leur quartier. En visitant Remedios hors saison, on peut néanmoins découvrir les ateliers où sont fabriqués les éléments des chars, rencontrer les artisans et comprendre l’importance de ces festivités pour l’identité locale. C’est une autre facette du patrimoine immatériel cubain, moins connue que le Carnaval de Santiago mais tout aussi passionnée.

La semana de la cultura trinitaria dans le valle de los ingenios

Trinidad, ville coloniale classée à l’UNESCO, célèbre chaque année la Semana de la Cultura Trinitaria, une semaine consacrée à la mise en valeur de son patrimoine historique et artistique. Concerts de musique traditionnelle, expositions, représentations théâtrales de rue, défilés en costumes d’époque envahissent les places pavées et les patios des vieilles demeures. Les habitants revêtent parfois des habits inspirés du XIXe siècle, rappelant l’époque faste des plantations sucrières du Valle de los Ingenios tout proche.

Profiter de cette semaine culturelle, c’est voir Trinidad s’animer au-delà de son image de carte postale figée. Des visites guidées spéciales mènent les visiteurs dans les anciennes haciendas sucrières, où l’on explique le fonctionnement des moulins, des tours de guet et des logements d’esclaves. Les soirées, elles, sont rythmées par la musique live sur les escaliers de la Casa de la Música, où se croisent touristes et Trinitarios. En choisissant vos dates de séjour en fonction de ces événements, vous donnerez à votre voyage à Cuba une dimension profondément immersive, au plus près des traditions vivantes de l’île.