Les Dolomites italiennes incarnent l’un des joyaux alpins les plus spectaculaires d’Europe. Ce massif montagneux du nord de l’Italie, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2009, fascine par ses parois calcaires verticales, ses aiguilles acérées et ses paysages lunaires qui semblent défier les lois de la géologie. Que vous soyez randonneur débutant à la recherche de sentiers panoramiques accessibles ou alpiniste chevronné en quête de défis techniques, les Dolomites offrent une diversité extraordinaire d’itinéraires qui satisferont toutes vos ambitions montagnardes. La région s’étend principalement entre les provinces de Belluno, Bolzano et Trente, où la culture italienne se mêle harmonieusement aux traditions tyroliennes, créant une atmosphère unique dans les refuges d’altitude. Chaque vallée révèle des panoramas différents, chaque massif possède sa propre personnalité géologique, et les innombrables sentiers balisés permettent d’explorer cette merveille naturelle sous tous ses angles.

Tre cime di lavaredo : le circuit emblématique du parc naturel des dolomites de sexten

Les Tre Cime di Lavaredo représentent sans conteste l’icône photographique des Dolomites. Ces trois tours calcaires monumentales – Cima Grande (2999 m), Cima Ovest (2973 m) et Cima Piccola (2857 m) – dominent le paysage du parc naturel des Dolomites de Sexten avec une majesté incomparable. Le circuit classique qui entoure ces géants de pierre constitue l’une des randonnées les plus prisées de toute la région alpine, attirant chaque année des dizaines de milliers de marcheurs venus du monde entier. La lumière dorée de l’aube transforme ces parois verticales en cathédrales naturelles flamboyantes, tandis que le crépuscule les drape d’une teinte rosée caractéristique que les locaux appellent « enrosadira ». Cette randonnée offre également une plongée fascinante dans l’histoire militaire de la Première Guerre mondiale, période durant laquelle le front austro-italien traversait ces sommets.

Départ depuis le refuge auronzo et accès routier par la strada provinciale 48

L’accès au point de départ de la randonnée s’effectue via la strada provinciale 48, une route à péage de 7 kilomètres qui serpente depuis le lac Misurina jusqu’au refuge Auronzo, perché à 2320 mètres d’altitude. Le tarif du péage s’élève à 30 euros par véhicule, un montant qui peut surprendre mais qui contribue à l’entretien de cette infrastructure et limite partiellement l’affluence touristique. Durant la haute saison estivale, entre juillet et septembre, le parking affiche complet dès 8 heures du matin, ce qui impose une arrivée matinale pour sécuriser une place de stationnement. Alternativement, vous pouvez opter pour le sentier qui monte depuis Misurina, ajoutant environ 500 mètres de dénivelé positif et deux heures de marche supplémentaires à votre journée. Cette approche pédestre présente l’avantage indéniable d’éviter la foule concentrée au refuge Auronzo et offre une acclimatation progressive à l’altitude. Le refuge Auronzo lui-même dispose d’une terrasse panoramique où vous pourrez savourer un cappuccino avant d’entamer votre périple circulaire.

Parcours technique autour des parois nord des drei zinnen

Le sentier numéro 101 constitue l’

sentier principal de ce circuit emblématique. Depuis le refuge Auronzo, il contourne d’abord les Tre Cime par le versant sud en légère montée jusqu’au refuge Lavaredo (2344 m). À partir de là, l’itinéraire devient plus minéral et rejoint la Forcella Lavaredo, véritable balcon panoramique sur les parois nord des Drei Zinnen. Le sentier descend ensuite en lacets jusqu’au fond d’un vallon herbeux avant de remonter progressivement vers le refuge Locatelli (Dreizinnenhütte), point de vue privilégié sur la face nord des Tre Cime, la plus spectaculaire et la plus photographiée.

Malgré une réputation de randonnée « facile », ce tour complet affiche environ 10 à 12 km de distance et près de 400 à 500 m de dénivelé positif cumulé, avec plusieurs passages sur terrain caillouteux pouvant devenir glissants par temps humide. Les sentiers sont cependant larges et bien balisés, ce qui en fait un itinéraire accessible à la plupart des randonneurs en bonne condition physique, y compris les familles habituées à marcher. Prévoyez entre 3 h 30 et 5 h de marche selon votre rythme et la fréquence de vos pauses photos – nombreuses, car chaque virage dévoile une nouvelle perspective sur ces cathédrales de roche.

Variante alpine via la via ferrata paternkofel pour randonneurs expérimentés

Pour les randonneurs aguerris en quête de sensations plus alpines, la via ferrata du Paternkofel (ou Monte Paterno, 2744 m) offre une variante spectaculaire au circuit classique des Tre Cime di Lavaredo. Depuis le refuge Locatelli, un sentier raide conduit à l’entrée des anciennes galeries militaires creusées dans la montagne pendant la Première Guerre mondiale. Équipé de votre matériel de via ferrata (baudrier, longe, casque), vous progressez alors à travers un dédale de tunnels sombres, d’escaliers métalliques et de vires aériennes, toujours sécurisées par des câbles.

Cette variante exige de ne pas être sujet au vertige et de maîtriser les bases de la progression en via ferrata, d’autant qu’une partie de l’itinéraire se déroule en terrain exposé. En contrepartie, la récompense est immense : la vue depuis le sommet du Paternkofel embrasse non seulement les Tre Cime sous un angle inédit, mais également le massif des Cadini di Misurina, la vallée de la Rienz et, par temps clair, une partie des Alpes autrichiennes. Comptez 3 à 4 heures supplémentaires en plus du tour classique si vous incluez cette ascension, ce qui transforme la journée en véritable aventure alpine.

Photographie du lever de soleil depuis le refuge lavaredo

Si vous êtes passionné de photographie de paysage, le lever de soleil sur les Tre Cime di Lavaredo depuis les abords du refuge Lavaredo fait partie des expériences à vivre au moins une fois dans sa vie. La proximité de la Forcella Lavaredo permet de jouer avec les silhouettes des trois tours se détachant sur le ciel pastel de l’aube, tandis que les premiers rayons du soleil viennent progressivement enflammer les parois. Le meilleur compromis consiste à passer la nuit au refuge Auronzo ou Lavaredo afin d’éviter la montée nocturne depuis la vallée et de pouvoir vous positionner à temps, trépied et téléobjectif prêts.

Sur le plan pratique, prévoyez des vêtements chauds même en plein été, car les températures au petit matin au-dessus de 2300 m flirtent souvent avec le zéro degré. Arriver au moins 30 à 40 minutes avant l’heure officielle du lever de soleil vous laissera le temps de repérer vos cadrages, notamment si vous souhaitez intégrer les sentiers ou les silhouettes d’autres randonneurs dans vos compositions. N’oubliez pas non plus que ces spots deviennent très fréquentés en haute saison : pour retrouver un peu de solitude, il suffit souvent de marcher une dizaine de minutes supplémentaires vers des promontoires secondaires moins connus.

Alpe di siusi : traversée du plus grand alpage d’altitude d’europe

L’Alpe di Siusi (Seiser Alm en allemand) forme le plus vaste plateau alpin d’altitude d’Europe, un immense tapis de prairies ondulantes situé entre 1680 et 2350 mètres, encadré par les massifs du Sassolungo, du Sasso Piatto et du Sciliar. Ici, le visage des Dolomites se fait plus bucolique : chalets de bois, cloches de vaches, sentiers ondulant entre prés fleuris et fermes d’alpage. Mais ne vous y trompez pas : derrière cette douceur se cachent des itinéraires de randonnée d’une grande richesse, offrant des panoramas grandioses sur les crêtes dolomitiques. L’accès motorisé à l’Alpe di Siusi est strictement réglementé, ce qui préserve une atmosphère paisible et renforce le sentiment de traverser un paysage hors du temps.

Itinéraire panoramique depuis compatsch vers le massif du sciliar

La plupart des randonnées sur l’Alpe di Siusi débutent à Compatsch, petit hameau d’altitude accessible en télécabine depuis Siusi allo Sciliar ou par la route avant 9 h et après 17 h (accès restreint en journée). Depuis Compatsch, un itinéraire panoramique très apprécié consiste à se diriger vers le massif du Sciliar, dont les falaises abruptes dominent le plateau tel un rempart naturel. Le sentier balisé traverse d’abord de larges prairies parsemées de chalets avant de s’enfoncer dans un relief plus vallonné, alternant petites montées et descentes douces, idéal pour une première randonnée dans les Dolomites en famille.

En environ 3 à 4 heures aller-retour, vous rejoignez le pied du Sciliar et plusieurs points de vue remarquables sur l’Alpe di Siusi, le Sassolungo et les Odle au loin. La lumière de fin d’après-midi y est particulièrement photogénique, lorsque les herbes hautes se teintent d’or et que les ombres des cabanes s’étirent sur le plateau. Cet itinéraire ne présente aucune difficulté technique, mais la distance (10 à 12 km selon les variantes) nécessite tout de même une bonne endurance. Pensez également à vérifier les horaires des remontées mécaniques si vous devez redescendre en télécabine vers la vallée.

Sentier botanique des bullaccia et formations géologiques du seiser alm

Pour ceux qui souhaitent allier randonnée facile et découverte naturaliste, le sentier botanique du Bullaccia (Puflatsch) constitue une excellente option. Depuis Compatsch ou la station intermédiaire du téléphérique, un itinéraire en boucle mène en 2 à 3 heures sur les hauteurs de ce promontoire, véritable belvédère naturel dominant l’Alpe di Siusi. Le chemin est jalonné de panneaux explicatifs présentant la flore alpine – gentianes, renoncules, arnica, orchidées sauvages – ainsi que les particularités géologiques du plateau dolomitique.

Les fameuses « sorcières du Sciliar », curieuses formations rocheuses en forme de sièges et de cuvettes, ponctuent le parcours et nourrissent de nombreuses légendes locales. Cette randonnée offre aussi des points de vue vertigineux sur la vallée de l’Isarco et les montagnes environnantes, tout en restant accessible à un large public grâce à un dénivelé modéré (environ 300 m) et des sentiers bien aménagés. C’est une belle façon de comprendre comment les Dolomites combinent patrimoine naturel, géologie fascinante et traditions culturelles vivantes.

Randonnée technique vers le sommet du piz pez et passage rocheux

Les randonneurs en quête d’un défi un peu plus sportif sur l’Alpe di Siusi peuvent se tourner vers l’ascension du Piz (ou Monte) Pez, point culminant du massif du Sciliar à 2563 mètres d’altitude. Depuis Compatsch, l’itinéraire rejoint d’abord les refuges Spitzbühl ou Laurin, puis grimpe en lacets dans une forêt de conifères avant d’atteindre les vastes pentes herbeuses supérieures. La partie finale comporte un passage rocheux plus raide, parfois équipé de câbles ou de marches métalliques, qui exige un pied sûr et une bonne condition physique, surtout si vous portez un sac à dos chargé.

Au sommet, la vue embrasse l’ensemble de l’Alpe di Siusi, le groupe du Sassolungo, le massif des Odle, mais aussi plus à l’est les Tre Cime di Lavaredo par temps très clair. Comptez entre 6 et 7 heures aller-retour pour cette randonnée alpine, avec près de 1100 m de dénivelé positif si vous partez de la vallée, ou environ 700 m si vous démarrez depuis Compatsch. Comme souvent dans les Dolomites, la météo peut changer très vite sur les hauteurs : partez tôt, surveillez les nuages d’orage et n’hésitez pas à renoncer si les conditions se dégradent.

Cabane zallinger et refuges d’altitude typiques du tyrol du sud

L’une des grandes joies de la randonnée dans les Dolomites réside dans la découverte des refuges d’altitude, qui sont de véritables institutions culturelles. La cabane Zallinger, nichée à 2200 mètres sur le versant sud-est de l’Alpe di Siusi, en est un parfait exemple. Accessible en 2 à 3 heures de marche depuis Saltria ou Compatsch, ce refuge historique, entouré de petites chapelles et d’anciens chalets d’estive, offre une immersion totale dans l’atmosphère tyrolienne : boiseries chaleureuses, cuisine locale généreuse (canederli, strudel, Kaiserschmarrn) et hospitalité montagnarde.

Passer une nuit à Zallinger ou dans l’un des autres refuges de l’Alpe di Siusi permet de profiter des lumières du soir et du matin, lorsque le plateau se vide de ses visiteurs à la journée. Vous aurez ainsi le privilège de randonner presque seul au lever du soleil, dans un silence seulement troublé par les cloches des vaches et le souffle du vent. Pour les photographes et les contemplatifs, cette expérience ajoute une dimension quasi méditative à la découverte des Dolomites italiennes.

Seceda et le sentier crête du col raiser dans le massif des odle

Face nord vertigineuse, prairies suspendues et crêtes acérées : le secteur de Seceda, au cœur du massif des Odle, est sans doute l’un des paysages les plus spectaculaires des Dolomites. Accessible depuis Ortisei via le téléphérique ou depuis le Col Raiser au départ de Santa Cristina, cette zone offre une multitude d’itinéraires, du simple aller-retour panoramique à la journée complète sur les crêtes. Le contraste entre les pentes herbeuses douces du versant sud et les parois à pic plongeant vers la Val di Funes crée un décor presque irréel, que l’on retrouve sur de nombreuses cartes postales et couvertures de guides de randonnée.

Depuis l’arrivée du téléphérique de Seceda (2518 m), un large sentier conduit en moins de 20 minutes au point de vue principal sur les aiguilles des Odle, véritable « vague minérale » se dressant au-dessus des alpages. Pour une randonnée plus complète, le sentier crête du Col Raiser permet de longer ces falaises en balcon, en direction du refuge Firenze/Regensburger Hütte. L’itinéraire alterne petites montées et descentes, passages en crête et traversées de pâturages, avec en toile de fond un panorama permanent sur le Sassolungo et le Sella. Comptez environ 4 à 5 heures pour cette traversée si vous faites la liaison entre les remontées mécaniques de Seceda et du Col Raiser.

Bien que les sentiers soient globalement larges et bien entretenus, certains tronçons en balcon peuvent impressionner les personnes sujettes au vertige, surtout lorsque le brouillard s’invite. Comme toujours dans les Dolomites, un bon équipement (chaussures de montagne, coupe-vent, bâtons) et une météo stable sont indispensables pour profiter pleinement de cette randonnée mythique. Si vous rêvez d’un coucher de soleil inoubliable, envisagez de remonter en fin d’après-midi et de redescendre par le dernier téléphérique, en gardant à l’esprit les horaires souvent stricts des remontées.

Lago di braies : tour lacustre et ascension vers le refuge biella

Le Lago di Braies (Pragser Wildsee) est sans doute le lac le plus célèbre des Dolomites italiennes. Niché à 1496 mètres d’altitude au pied du massif de la Croda del Becco, ce miroir d’eau turquoise entouré de forêts et de falaises calcaires attire un nombre impressionnant de visiteurs chaque été. Le tour du lac, sur un sentier aménagé d’environ 4 km, constitue une promenade accessible à tous, idéale pour une première immersion dans les paysages dolomitiques. Mais pour les randonneurs en quête d’un itinéraire plus engagé, le Lago di Braies est aussi le point de départ d’une superbe ascension vers le refuge Biella (Seekofelhütte) et la Croda del Becco.

Depuis la rive sud du lac, le sentier balisé grimpe progressivement en lacets à travers la forêt puis les éboulis, avec quelques passages plus raides mais sans difficulté technique majeure par temps sec. Après environ 900 m de dénivelé positif et 3 à 4 heures de marche, vous atteignez le refuge Biella, perché à 2327 mètres sur un col minéral. De là, de nombreux randonneurs prolongent l’ascension jusqu’au sommet de la Croda del Becco (2810 m), un belvédère exceptionnel sur les Dolomites de Braies, le plateau de Fanes et, au loin, les Tre Cime. Cette portion finale, plus caillouteuse, réclame un pied sûr mais reste accessible sans matériel spécifique par beau temps.

Pour profiter pleinement du Lago di Braies sans subir la foule, l’idéal est d’arriver très tôt le matin ou en fin de journée, lorsque les bus touristiques sont repartis. Notez que l’accès routier et le stationnement sont désormais fortement régulés en haute saison, avec parfois un système de réservation obligatoire pour les parkings. Une fois votre randonnée terminée, vous pourrez vous offrir une pause contemplative sur la rive nord, d’où partent les fameuses barques en bois, avant de reprendre la route ou de vous lancer sur le célèbre itinéraire de grande randonnée Alta Via 1, qui démarre précisément ici.

Alta via 1 : tronçon mythique entre lago di braies et cortina d’ampezzo

L’Alta Via 1 est l’un des grands itinéraires de trekking les plus emblématiques des Dolomites. Sur environ 120 km, ce « sentier de haute route » traverse le cœur du massif du nord au sud, enchaînant refuges d’altitude, cols panoramiques et vallons sauvages. Le tronçon entre le Lago di Braies et Cortina d’Ampezzo concentre certains des paysages les plus spectaculaires, tout en restant relativement accessible pour des randonneurs bien préparés. Organisé en 4 à 6 étapes selon votre rythme, ce segment permet de vivre l’expérience d’une itinérance en refuge sans nécessairement s’engager sur l’intégralité du parcours.

Dès la première journée, vous quittez les rives du Lago di Braies pour vous élever vers les hauts plateaux dolomitiques, en direction des refuges Biella, Fanes et Lagazuoi. Chaque étape alterne montées soutenues, traversées de plateaux karstiques et descentes parfois raides, avec un balisage rouge et blanc typique des sentiers italiens. Les refuges, gérés par des familles locales ou par les clubs alpins, offrent dortoirs, dîners copieux et petits-déjeuners énergétiques, indispensables pour enchaîner les 1000 m de dénivelé quotidien. Si vous rêvez de vivre les Dolomites en version « grand trek », ce tronçon de l’Alta Via 1 est un excellent compromis entre effort physique, immersion en altitude et logistique maîtrisée.

Étape technique du refuge lagazuoi par le sentiero dei kaiserjäger

Parmi les moments forts de ce tronçon, l’arrivée au refuge Lagazuoi (2752 m) occupe une place particulière. Perché sur un éperon rocheux dominant le col Falzarego, ce refuge est accessible par un téléphérique depuis la route, mais les randonneurs de l’Alta Via 1 lui préfèrent souvent le célèbre sentiero dei Kaiserjäger. Ce « sentier des chasseurs de l’empereur », aménagé par les troupes austro-hongroises pendant la Première Guerre mondiale, grimpe en lacets serrés le long de la paroi sud du Lagazuoi, avec plusieurs passages aériens équipés de câbles et d’échelles.

Sans être une via ferrata au sens strict, cet itinéraire exige de ne pas souffrir du vertige et de marcher avec prudence, surtout par temps humide ou en début de saison lorsque des névés persistent. La vue qui se dévoile au fur et à mesure de l’ascension est à couper le souffle : Cinque Torri, Tofane, Croda da Lago, Marmolada au loin… Arriver au refuge par ce sentier historique donne une saveur toute particulière au coucher de soleil que l’on peut admirer depuis la terrasse panoramique, souvent considéré comme l’un des plus beaux des Dolomites.

Passage historique des tranchées de la première guerre mondiale

Le massif du Lagazuoi, comme une grande partie des Dolomites, a été l’un des théâtres les plus intenses du front italo-autrichien pendant la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, le passage de l’Alta Via 1 dans ce secteur prend des allures de véritable immersion historique. Tout autour du refuge et le long des crêtes, vous pouvez encore explorer un réseau impressionnant de tranchées, de postes d’observation, de tunnels creusés dans la roche et de casemates. De petits musées à ciel ouvert, jalonnés de panneaux explicatifs multilingues, retracent les conditions extrêmes dans lesquelles vivaient les soldats à plus de 2500 m d’altitude.

Randonner ici, c’est donc aussi marcher sur les traces de cette histoire tumultueuse, dans un décor qui contraste violemment avec les scènes de guerre qu’il a abritées il y a un siècle. Beaucoup de marcheurs choisissent de consacrer une demi-journée supplémentaire à l’exploration de ces vestiges avant de reprendre l’Alta Via 1 en direction du col Falzarego. Cette dimension historique apporte une profondeur supplémentaire à l’expérience de randonnée, rappelant que les sentiers que nous arpentons aujourd’hui furent autrefois des lignes de front.

Descente vers le col falzarego et connexion avec le massif du tofane

Depuis le refuge Lagazuoi, deux grandes options s’offrent à vous pour rejoindre le col Falzarego : une descente directe par le sentier classique, ou un parcours plus long en balcon via les lacs de Lagazuoi et des vallons suspendus. Dans tous les cas, la descente est soutenue (près de 700 m de dénivelé négatif) et se déroule en grande partie sur terrain caillouteux, ce qui met les genoux à l’épreuve. L’usage de bâtons de randonnée se révèle particulièrement utile pour préserver vos articulations, surtout si vous enchaînez ensuite avec d’autres étapes de l’Alta Via 1 ou une exploration du massif du Tofane.

Le col Falzarego, à 2105 m d’altitude, constitue un important carrefour routier et de sentiers dans les Dolomites d’Ampezzo. De là, il est possible de rejoindre Cortina d’Ampezzo en bus, de poursuivre l’Alta Via 1 vers le sud ou de basculer vers les Tofane pour d’autres randonnées d’envergure. Cette flexibilité logistique en fait un point stratégique pour adapter votre itinéraire en fonction de la météo, de votre forme physique ou de votre temps disponible. Pensez à consulter les horaires des transports publics, qui varient selon la saison et le jour de la semaine.

Cinque torri et le sentier géologique du parc naturel ampezzo

Les Cinque Torri, cinq tours rocheuses monumentales dressées comme des doigts de pierre au-dessus des alpages, constituent l’un des paysages les plus singuliers du parc naturel des Dolomites d’Ampezzo. Situé à une quinzaine de kilomètres de Cortina, ce secteur est facilement accessible par une petite route de montagne ou par télésiège depuis le col Falzarego. Si le site est très prisé des grimpeurs, qui y trouvent des dizaines de voies d’escalade, il offre aussi de magnifiques itinéraires de randonnée à la journée, combinant points de vue panoramiques, parcours géologique et immersion dans l’histoire de la Grande Guerre.

Un sentier en boucle d’environ 6 à 8 km permet de faire le tour des Cinque Torri en partant du refuge Scoiattoli ou du refuge Cinque Torri. Tout au long du parcours, des panneaux didactiques expliquent la formation géologique de ces tours dolomitiques, sculptées par l’érosion dans une ancienne plate-forme corallienne datant du Trias. On y découvre également comment la nature a patiemment façonné ce paysage de bastions et de piliers, aujourd’hui sanctuaire pour les grimpeurs mais aussi laboratoire à ciel ouvert pour les géologues.

La particularité de ce secteur est aussi la présence d’un vaste « musée à ciel ouvert » dédié à la Première Guerre mondiale. Tranchées reconstituées, abris en bois, postes de tir et lignes de défense ont été restaurés pour offrir au visiteur une compréhension concrète de la vie des soldats italiens et autrichiens dans ces montagnes. Randonner sur ce sentier, c’est donc alterner entre contemplation de la beauté brute des parois et réflexion sur l’usage tragique qui en a été fait. Le dénivelé reste modéré (300 à 400 m selon les variantes), ce qui rend cette randonnée accessible à un large public, à condition de prévoir de bonnes chaussures : le terrain peut être irrégulier et parfois boueux après les pluies.

Croda da lago : randonnée alpine technique depuis le refuge palmieri

Moins connu que d’autres massifs voisins, le groupe de la Croda da Lago offre pourtant l’une des randonnées les plus esthétiques des Dolomites autour du Lago Federa et du refuge Palmieri. Depuis le parking de Ponte de Ru Curto, sur la route du col Giau, un sentier bien tracé s’enfonce dans une forêt de mélèzes avant de gravir progressivement le versant nord de la Croda da Lago. Après environ 2 h 30 d’effort et près de 600 m de dénivelé positif, vous débouchez sur un décor de carte postale : un lac de montagne parfaitement posé au pied de parois dentelées, avec le refuge Palmieri en surplomb.

Pour beaucoup de randonneurs, l’ascension jusqu’au Lago Federa suffit à combler une journée, tant le cadre est enchanteur, surtout à l’automne lorsque les mélèzes se parent de teintes dorées. Mais les marcheurs plus expérimentés peuvent prolonger l’itinéraire en effectuant la boucle intégrale de la Croda da Lago, qui passe par la Forcella Ambrizzola et la Forcella Roja. Ce parcours devient alors plus technique : passages sur pierriers instables, traversées en balcon, montées soutenues sur terrain parfois exposé. Une bonne lecture du terrain et un temps stable sont indispensables pour s’engager sereinement sur cette boucle.

En contrepartie, les panoramas offerts sur les Tofane, le Monte Pelmo, le Antelao et le fond de vallée de Cortina sont exceptionnels. Comptez 5 à 6 heures pour la boucle complète, avec près de 900 m de dénivelé positif cumulé. Comme souvent dans les Dolomites, vous évoluerez dans un environnement sauvage malgré la popularité croissante du site : en partant tôt le matin ou en choisissant l’arrière-saison, vous aurez de bonnes chances de profiter de longues sections du sentier dans un silence presque total, seulement ponctué par le cri des marmottes et le bruissement du vent dans les aiguilles de mélèze.